Ensemble développons des pratiques respectueuses de l'homme et de l'environnement

Pourquoi laisser nos enfants au contact de la nature

 

On ne cesse, depuis quelques années, de prôner un retour à la nature pour éduquer l’enfant - sans trop savoir pourquoi d’ailleurs, car nous sentons confusément que l’environnement naturel est essentiel au bien être de chaque individu. Face à ce constat, la démarche Écolo crèche ne fait pas exception. Nous vous proposons donc de découvrir les bienfaits concrets de la nature sur nos enfants.

 

La nature stimule la sensibilité et les capacités intellectuelles de l’enfant

Vous apprendrez peut être que l’expression “classe verte” n’est pas usurpée : la nature agit sur l’enfant comme un véritable professeur. À son contact, il augmente d’autant mieux son attention, sa créativité, ses capacités de mémorisation et sa proprioception (perception de l’emplacement des parties du corps). La nature participe également aux développement de ses cinq sens, mais aussi à celui d’émotions positives, telles que la joie, la patience ou l’emerveillement. Selon Claire Leconte, professeure de psychologie de l’éducation, « Plus que la nature, c'est l'environnement naturel qui a une influence et permet de développer ce que l'on appelle "les habiletés sociales", autrement dit ce qui permet à l'enfant d'entrer en contact avec les autres. ». L’environnement naturel n’influe donc pas seulement sur les biais cognitifs, c’est aussi un véritable moteur de confiance. En favorisant la prise de risque, l’environnement naturel permet à l’enfant de faire ses propres erreurs, de ce fait de se construire et d’apprendre.

 

Comment gérer les sorties en nature ?

Il n’est pas forcément judicieux de faire prévaloir les sorties en nature sur les autres activités, l’essentiel est d’installer un rendez-vous hebdomadaire minimum, planifié ou non, pour que les enfants puissent construire une relation de familiarité avec la nature. Conditions obligent, les activités en nature sont différentes de celles en intérieur. Tant mieux, car cet environnement beaucoup moins homogène offre l’occasion de varier les rythmes : les enfants peuvent courir, mais aussi s’arrêter pour observer le ciel ou les arbres. Il est donc souhaitable d’alterner les rythmes pour entretenir leur dynamisme et stimuler leur enthousiasme. Le cadre naturel constitue une véritable coupure par rapport à leurs habitudes en intérieur, il faut les encourager à explorer leur environnement sans nécessairement chercher à intervenir. Ces sorties bucoliques sont aussi l’occasion de les questionner sur le monde qui les entoure. Sans chercher à monopoliser leur attention, il est possible de mettre l’accent sur des phénomènes (insecte, plante, caillou etc.) dignes d’intérêt, qui auraient pu leur échapper. Ceux qui ont à coeur de sensibiliser les enfants à l’écologie peuvent également organiser des collectes de tri, ou faire un herbier à partir des végétaux collectés en extérieur.

 

Comment inviter la nature dans l’environnement urbain ? 

En France, plus de 80 % de la population habite en zone urbaine, il n’est donc pas si simple pour les crèches de proposer des escapades en nature de façon régulière. Dès lors, comment inviter la nature dans les villes ? La structure en elle-même peut déjà partiellement jouer en faveur d’une familiarisation avec la nature. Il conviendra, à ce titre, de privilégier les matériaux naturels, comme le bois ou la pierre, dans l’ameublement. Il est également possible d’intégrer dans la vie de la crèche, des animaux, des plantes ou des activités qui font intervenir des éléments naturels (ex : peinture sur écorces, construction de mini-cabanes en bois etc.). Enfin, ne pas négliger les lieux de vie urbains indirectement liés à la nature et ses productions : une sortie au marché ou au parc n’est jamais de trop !

Peter Kahn

 

Vers un “droit sanitaire et environnemental à la nature” ?

À l’inverse, laisser grandir l’enfant sans contact avec la nature n’est pas sans risque. Peter Kahn, professeur au département de psychologie à l’université de Washington, et directeur du laboratoire d’interaction entre la nature et les systèmes technologiques de Seattle, a étudié les conséquences de cette privation. Parmi elles, on trouve notamment une tendance à la dépression, une baisse des défenses immunitaires, de la créativité et de la propension au bonheur. D’autres études ont également prouvé un risque d’allergie plus important chez les enfants moins exposés à la nature. En effet, certaines bactéries utiles au système immunitaire sont beaucoup moins nombreuses hors des bois et des prés.

Selon les mots de Kahn, la désertion de notre environnement naturel favorise également une amnésie environnementale générationelle. En d’autres termes, cela signifie que chaque nouvelle génération prend pour norme l’état d’une nature déjà dégradée par les générations antérieures. Par exemple, un jeune pêcheur prend pour référence les stocks de poissons présents à son arrivée, sans savoir qu’ils représentent sûrement une diminution par rapport aux années précédentes. À terme, cet oubli progressif pourrait entraîner une désensibilisation massive aux enjeux environnementaux. Au-delà de la nécessité sanitaire, le contact entre l’enfant et la nature s’inscrit donc dans une problématique beaucoup plus large, liée à nos conditions de vie et à la mémoire environnementale.

 

 

Pour aller plus loin : nous avons organisé en juin 2018 une rencontre avec Bernard Golse, Anne-Caroline Prévot et Sarah Wauquiez sur le thème "La nature comme élément clé de l'écosystème du jeune enfant". Redécouvrez cette table-ronde en vidéo.